Howard Haskin
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Howard Haskin, le second Orphée, confère plus de caractère au rôle

Franz Straatman, Trouw


AMSTERDAM - Une semaine avant les premières répétitions d'Orphée et Euridice de Gluck au Nederlandse Opera, Bruce Ford, le ténor contracté, annule. Un intendant d'opéra ne dispose pas de tiroir rempli de ténors aigus (qui ont, en outre, ce rôle français peu chanté à leur répertoire).
 
   La solution du problème peut donc être qualifiée de miracle. Gran Wilson a accepté de chanter le rôle au dernier moment ; il se trouvait qu'il avait à la fois le registre nécessaire (la partie contient dix contre-ut et deux contre-ré) et la connaissance du rôle. Cependant, il n'était libre que pour la période des répétitions et les cinq premières représentations ; Howard Haskin fut contracté pour les quatre suivantes.
 
   Toutefois, celui-ci devait apprendre le rôle pour cette occasion, ce qui explique que lors de la pré-générale au Dans & Muziektheater de La Haye, il avait encore sa partition dans les mains. Par ailleurs, la répétition d'orchestre à Amsterdam ayant été annulée, il fut littéralement jeté dans l'arène mardi soir. Pour lui, cependant, le plus gros handicap c'est la partie d'Orphée : elle est trop aigue.
 
Un octave plus bas 
On a toutefois pu remédier à ce problème en lui faisant chanter les passages les plus difficiles un octave plus bas. Là où la ligne mélodique ne permettait pas cette transposition, le chef d'orchestre Hartmut Haenchen emportait l'orchestre de telle manière que l'accent portait sur lui et que le chanteur pouvait utiliser ce soutien pour trouver la force d'entamer le passage délicat. Mais Haskin devait évidemment forcer, ce qui ne sert jamais « la richesse de la beauté », pour ne citer qu'une ligne du final.
 
   Si, avec Gran Wilson, le public était dans l'ensemble mieux servi du point de vue vocal, les quatre dernières représentations se passent bien avec Haskin ; sa voix est plus grande et le registre moyen est coloré et expressif ; il ajoute une dimension d'amour chaleureux pour Euridice que Wilson, avec sa voix mince et serrée, ne pouvait pas exprimer de cette façon. Wilson convenait très bien pour la mise en scène esthétique de Peter te Nuyl.
 
   Mais Haskin confère plus de caractère au rôle, le chante plus avec la passion d'un chanteur d'opéra, et, par son jeu et les mouvements de son corps, crée une relation plus profonde avec la réalité théâtrale. Le jeu et les répliques à Euridice (la superbe voix d'Alexandra Coku) se trouvent ainsi renforcés, intensifiés.
 
   Là où Wilson figurait un jeune loup, qui maîtrise chaque situation et fait carrière dans les arts, Haskin a pris l'apparence d'un Orphée vulnérable qui contre-attaque, sur le plan vocal et par son jeu, pour sauver Euridice.
 
   Son air « J'ai perdu mon Euridice » a fait d'autant plus d'effet qu'il le chante avec un jeu très serré. Le metteur en scène Te Nuyl—dont la mise en scène n'a rien perdu de sa force lors de la révision—ne voit pas tant l'expression du chagrin d'amour dans cet aria essentiel, que le besoin d'Orphée de créer la beauté.
 
   Alors qu'il faisait faire des mouvements de chef d'orchestre à Wilson, son second Orphée, Haskin, n'en fait plus. Si Te Nuyl a essayé une autre expresssion avec Haskin, c'est une amélioration. Si Haskin a choisi de le faire lui-même, je redouble d'éloges à son égard. De toutes façons, c'était désobligeant de la part du Nederlandse Opera de ne pas donner de fleurs à Haskin : pour sa prestation lors de la première et pour le fait qu'il permettait de terminer la série-Orphée.
 
   Texte original en néerlandais copyright © 1990 Trouw (Amsterdam)




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